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Je suis également l’auteur de la couverture du livre, à l’exception de l’illustration du cadran d’ascenseur.
Ce que je sais de l’hôtel ? Ah… Vous me posez là une question délicate ! Peut-être même la seule qui importe. Mon passage au sein de cet énigmatique établissement de Sercila fut bref. De l’hiver 2134 à l’automne 2136, si ma mémoire est bonne. Je n’ai donc aucune réponse absolue à offrir : comme vous le savez, l’hôtel garde des secrets que même les plus initiés ne peuvent percer. Pour autant, je ne peux nier que le poste de concierge que j’y ai un temps occupé m’a offert une place de choix pour observer tout ce qui s’y tramait d’intriguant… ou de singulier. J’y ai vu défiler des vies. Toutes sortes de vies. Et avec elles, des histoires à la pelle. Certaines étaient émouvantes, d’autres drôles. Mais le plus souvent, elles étaient dramatiques.
Je dirais qu’à cette époque, l’hôtel n’était pas un endroit à comprendre, mais un lieu à vivre. Chaque nuit, il ouvrait des portes que le jour préférait garder fermées. Or, s’il y a bien une chose que j’ai apprise là-bas, c’est que certaines d’entre elles sont faites pour rester closes. La plupart des âmes qui s’égaraient à Avalon finissaient, elles aussi, par s’en rendre compte : elles jetaient un rapide coup d’œil aux pièces qui les attiraient, mais s’en détournaient rapidement, laissant l’hôtel derrière elles.
Et puis, il y avait les autres. Celles qui s’y attardaient trop longtemps. Les clients qui restaient. Ils erraient jusqu’à ne plus savoir s’ils étaient entrés de leur plein gré, ou si quelque chose avait malicieusement refermé la porte derrière eux.
L’homme qui m’a le plus marqué était de ceux-là.
Voyons voir… Il s’appelait Hugo Morel. C’était un jeune d’une vingtaine d’années, à la dérive, perdu comme tant d’autres à cet âge. Il partageait un studio exigu en bordure de ville avec une petite amie qu’il aimait profondément. Mais cette vie ne lui suffisait pas et il finit par pousser les portes d’Avalon. Son histoire, comme toutes celles qui prennent racine dans un hôtel, commença par une nuit. Mais que dire ensuite… ? Peut-être pourrais-je démarrer le récit de ses mésaventures ainsi :
Cette nuit-là, Hugo était à nouveau la femme parfaite.
Sa silhouette gracile et féminine, portée par les notes fragiles d’un violon lancinant, venait une fois de plus de surgir au sommet de l’imposant escalier de pierres pâles. Ce chef-d’œuvre architectural surplombait la salle de bal et traçait une voie royale vers l’extraordinaire foule rassemblée en contrebas. Comme toujours, le lieu semblait flotter hors du temps. Une lune pleine régnait sur l’immense ciel étoilé tapissant l’imposant dôme de verre qui surplombait les convives. Elle projetait une lueur froide et argentée sur le sol, tandis que les murs se paraient des reflets dorés d’innombrables chandelles ardentes soigneusement disséminées. Une centaine de danseurs issus d’un autre temps baignaient dans ce contraste saisissant de lumières, évoluant avec une grâce presque mécanique. Parés de soie et de velours, des hommes paradaient autour de femmes aux bijoux clinquants et aux tenues aussi agitées que des vagues par le vent. En des coins reculés, des rires cristallins surgissaient ici et là, se mêlant à des tintements délicats de verres. Dans ce rêve impalpable, mais étrangement vivace, chaque détail semblait orchestré avec une précision parfaite.
Un équilibre fragile, qui était sur le point de basculer par la simple irruption d’Hugo.
